Oublier de devenir

I.

Lumière de lumière d’être, jusqu’à meilleure perfection, et
la compréhension d’une femme : ce signe que je suis
depuis toujours, hors la conscience de moi-même, jusqu’à
pleine perdition.

II.

Corps écorché, déchiré en lambeaux… longtemps il a été
la nourriture des affamés, offrande lui-même, multiplié…
Je ne sais plus en quel corps j’ai pu vivre, et peut-être
est-ce en ton corps enfin que je mourrai.

III.

Cueillir ta chair, m’en nourrir et te laisser seule. Tu te
quitteras à ton tour et tu seras seule sans toi, mais ton
corps te poursuivait.
Tu l’avais pesé et tu l’avais trouvé par trop infini. Tu de-
viendras ainsi plus légère, mais en ta bouche tu seras plus
pure.
Personne ne répondra.

IV.

Tu seras toujours plus jeune que toi-même, toujours plus
fluide que toi-même.
Personne ne s’en étonnera toutefois, car partout je t’aurai
précédée.

V.

Parvenu jusqu’à toi, je t’abandonnerai à la pointe de tes
pieds. Tu y demeureras accroupie, et ce ciel rouge en toi.
Tu est le temps dans lequel je serai conjugué, de même
que le signe d’une ombre vers toi.

VI.

Un feu tardif me poursuivra. Il parlera à la multitude. Le
mur abandonné se déplacera, il viendra jusqu’à moi et en-
tre mon corps et moi-même il poursuivra son rêve.
Il demeurera ainsi aussi longtemps que je serai et ne serai
pas.

VII.

Ton profil ou ta bouche… Ton profil reflète l’infini autour
de ta bouche. Il est le paysage où mourront les morts
quand la chair sera enfin devenue charnelle.
Tu ne deviendras plus ce rêve des rêves, aussi ne vivras-tu
point.
Tu pleureras alors.

VIII.

Tu saigneras… J’ai rencontré le cristal et point pourtant
n’ai vu couler ton sang. Et tu couronnais ton pain, et je
reçus ton sourire.
Demain tu mourras et je sourirai à mon tour… Mais jamais
je ne serai devenu en toi.

IX.

J’ai cueilli des larmes dans ta bouche, tu les avais tuées
en silence : à présent tu n’es plus que le vent. En ta dé-
pouille mortelle tu me déposeras, car un jour je serai ton
prochain.
Plus tard, plus tard tu délaisseras ton extase… après avoir
délimité, délimité pour toujours ta surface.

X.

Ton corps léger s’est envolé, je le tiens enfermé en tes
yeux clos, ces yeux que jamais tu n’abandonneras.
Mais ces yeux dorment sur la mer, et des mains naviguent
sur la mer.
Tu as beau mépriser la mer.
des mains touchent ton épaule, sachant bien où peut
commencer ta mort, et donc aussi où elle-même pourra
mourir.

Eemans, M. (1983). Vergeten te worden. 10 lijnvormen beïnvloed door 10 woordvormen – Oublier de devenir. 10 formes linéaires influencées par 10 formes verbales. La maison internationale de la poésie et Marc. Eemans.

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