Le mouvement moderne et la jeunesse des écoles (manifeste du triangle)

« Les sens ne perçoivent que ce qui passe ; l’entendement ce qui demeure. »

Platon.

Le rythme fulgurant de la vie moderne est un continuel problème résolu par l’audace. Nos moindres actes demandent de l’audace ; une audace raisonnée, mathématique et scientifique.
Pourquoi l’art échapperait-il à ce norme?
N’est-il pas une synthèse vivante de notre époque?
Oui certes.
Donc l’art demande également de l’audace, celle de notre époque.
Les temps sont loin de la timide imitation servile.
Très loin-sont les sentiments romantiques et romanesques, le pittoresque, l’exotisme et la bibeloterie d’antiquaire.
Cet arbsot-disantraffiné procédait de la sensualité et servait la nature : esclavage.
L’art nouveau, à l’instar des primitifs, procède de l’esprit et asservit la nature : domination.
Toute domination naît de l’audace victorieuse.
Avoir de l’audace c’est concevoir raisonnablement.
Concevoir raisonnablement un objet c’est vouloir le connaître en son essence, dégagé de tous les détails de l’accidentel.
Concevoir raisonnablement un objet c’est le situer dans le temps et dans l’espace et en fixer non ce qui ce passe mais ce qui demeure.
La plastique nouvelle envisageant la nature abstraitement, scientifiquement, coffre au spectateur le fruit de son analyse en une vibrante synthèse de l’essence dernière des choses : sphères, cubes, cylindres ; formes géométriques aux tons locaux de colorations primaires.
Son inspiration naît en sincérité et en dehors de toute contrainte morale du lyrisme émouvant et complexe de l’audace éternelle de l’homme régnant.
La facture-moderne naît de la matière employée : surface ou volume.
Elle engendre le maximum d’éclat et de vie et évolue vers son expression la plus immatérielle en nous révélant le rythme plastique de l’esprit triomphant.

Paul GOESSENS, Josef DE BUEGER, Marc EEMANS.

Bulletin de l’Effort Moderne (Paris) no. 12 (Février 1925): 13-14.

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