Les avant-gardistes aux mains sales

Depuis les ready-made de Marcel Duchamp, les merzeries de Kurt Schwitters et les objets plus ou moins hétéroclites en un certain désordre dadaïste savamment assemblés en vue d’un effet de scandale cyniquement avoué, l’art des poubelles a incontestablement fait son chemin.

On connaît la réussite et la consécration officielle de l’art brut et de ses succédanés, aussi leurs lauriers empêchent d’aucuns de dormir et la surenchère dans l’incongruité, l’insanité et le répugnant s’applique à présent à dépasser toutes les bornes de la bassesse d’être. Nous n’en voulons pour preuves que certaines œuvres exposées au plus récent salon de “Comparaisons” à Paris, salon par ailleurs caractérisé par un aveu de l’indigence propre aussi bien à l’art figuratif qu’a l’art abstrait d’aujourd’hui.Que l’on ne parle point de souci de provocation on de poésie de l’insolite devant ces étalages éhontés de souliers éculés, de soutien-gorge déchirés, de sous-vêtements souillés de sueur et d’urine ou d’autres immondices recueillies dans les poubelles…

Quand donc nos petits avant-gardistes aux mains sales oseront-ils enfin exposer leur propre bran – si l’on peut dire – ou les détritus de leur amours faciles ?

Il y aura bien des amateurs d’art coprophiles pour admirer et de savants conservateurs de musées d’art moderne pour acheter.

Marc. EEMANS

Les avant-gardistes aux mains sales. In : “Fantasmagie”, n° 5, avril 1961, p. 20.

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