Threne d’avant l’aube

Avant de glisser outre-mort, ô toi incoerciblement belle, pourrai-je enfin atteindre au faîte de ta gloire charnelle, là-même où toute récognition s’abreuve à la source des murmures ?

Je te rejoins au bout de ces lèvres scellées et déjà les abîmes s’envolent de ces mains que tu devines et qui sont de la légion des destins précaires et des ouvertures branlantes.

Ah ! que tout nous laboure d’aliénations afin que tout en nous devienne ainsi moisson pour les granges de notre drame en laminoir des grèves et pour l’oraison des brumes …

Mais le jour nous appartiendra-t-il encore, ce jour qu’il conviendrait de cueillir à la pointe des songes, et pour l’ultime primauté des dieux qui hantaient les sourires de l’enfance ?

Que de frileuses nuits solitaires avec pour toute couverture au creux de notre enfer la seule image de tout ce qui est de ton altière tenure, ô toi qui ne naîs que de l’ambre des opérations divinatoires !

Mer de fifres et de tambours, virile avancée des hordes de la grandeur en cet orgueil de basalte, afin que s’oublie tout ce qui s’illumine à l’obsécration de l’irrécouvrable euphorie des oracles sans issue.

En cette ardeur de vie glauque n’y aurait-il plus que le grimoire des tempêtes avec tout ce qui n’est que rage d’embruns, en attente d’azur pour la proche reconquête de nos cimes diaphanes ?

Ici je ne suis guère plus que démaclure, et comment taire l’indiction des conciliabules, comment clamer l’insidieuse volupté de tout ce qui ensorcelle, comment se parer au seuil de la mort ?

Ecoute, écoute, entends-tu enfin l’écho qui te répond ? Le silence s’épuise et bientôt il n’y aura plus rien pour te réchauffer, plus rien pour te dire la fable des hommes, et pour s’apitoyer …

Marc. EEMANS

In : Fantasmagie, n° 4, décembre p. 21-22.

Advertenties
%d bloggers liken dit: