Lettre ouverte à Alain de Benoist

NellyCher Alain de Benoist,

Comme je me crois “païen” depuis mon adolescence, voire depuis mon enfance, je ne me suis jamais posé la question “comment peut-on être païen?”, et encore moins “Diable, comment peut-on encore être païen?”, comme se le demande ou plutôt sa Magazine” du une chose qui le R.P. Bruckberger, dans son analyse critique de votre livre dans “Le Figaro 11 avril 1981. Pour moi,être “païen” est semble aller de soi lorsqu’on se sent depuis toujours éloigné de tout ce que l’on pourrait appeler un peu cavalièrement le “salmigondis” de la foi chrétienne. Point n’est besoin, pour se trouver “en dehors” et surtout “au-delà” de cette foi, d’avoir recours à tout un arsenal d’arguments qui contrecarrent la trop subtile ou plutôt trop absconse théologie chrétienne ou, comme vous le faites, s’attaquent aux origines “judaïques” de la religion chrétienne pour méconnaître les attaches évidentes de l’ésotérisme chrétien avec la Tradition primordiale.

Rejeter le christianisme sans plus comme “judéo-chrétien” (expression méprisante qui me déplaît infinitement) mesemble un peu trop facile, même si on enrobe comme vous le faites, son argumentation .dans un “fatras” de citations savantes qui témoignent d’une vaste information, certes, mais un peu trop unilatérale. Et dans cette information, cher Alain de Benoist, il me semble qu’il y a d’étranges lacunes. C’est ainsi que le R.P. Bruckberger, par exemple, peut vous conseiller, dans sa critique de votre livre, de lire un ouvrage récent de Jean Guitton, Crises dans l’Eglise (Librairie académique Perrin) qui pourrait parait-il (car je ne l’ai également pas lu) vous apprendre “comment discerner le christianisme de l’épouvantail” que vous semblez en faire. Certes le catholicisme post-conciliaire doit être un “épouvantail” certain,mais l’Eglise du temps de la “Querelle des Investitures” et du scandale des “indulgences” n’était-elle pas déjà une institution passablement pourrie qui a conduit Martin Luther à la Réforme? Quant à l’Eglise de la Contre-Réforme, elle est toujours demeurée l’Eglise des abus de pouvoirs tant temporels que spirituels. Mais à côté de cette Eglise il y a tout de même aussi celle du monarchisme où prévaut toujours jusqu’à nos jours la belle Règle de saint Benoit, et je songe alors à la joie rayonnante de ceux et surtout de celles qui ont répondu à l’appel de leur Dieu et qui vivent ? ans la sainte joie de leur Seigneur. Cette règle ne doit certainement pas grand’ chose aux prévarications d’une Eglise qui, depuis toujours, veut se maintenir dans le siècle et ne cesse de disputer à “César ce qui revient à César” pour n’être guère plus que cette “synagogue de Satan” qui répugnait tant aux Cathares.

Mais vous me répliquerez, cher Alain de Benoist, que dans votre critique du “judéo-christianisme” vous n’attaquez pas que les manquements scandaleux de l’Eglise, mais aussi les bases mêmes de la foi chrétienne, et sur ce plan je pourrais parfaitement vous suivre si votre critique n’était pas celle d’un “païen” qui prône un certain polythéisme nouveau. Certes, il ne s’agit pas pour vous de renouer avec les mythologies anciennes, mais d’un retour aux sources “inde-européennes” d’une foi propre à l’Occident non importée de l’Orient , comme c’est le cas pour le christianisme. Parfaitement d’accord, et comme l’a écrit votre ami Louis Pauwels, dans un article à l’éloge de votre livre, qu’il considère comme un “ouvrage décisif, au cœur de la question religieuse”: “Le sacré n’est pas mort: il vit autre part”. (Le Figaro Magazine, 21 mars 1981).

En effet, mais où vit-il, le “sacré” de Louis Pauwels et de vous-même? En tout cas, me semble-t-il, pas plus dans le monothéisme chrétien ou plutôt “judéo-chrétien” que dans les deux autres religions “du désert”, pour reprendre une expression présentement à la mode. Alors, l’est-il dans ce “néo-polythéisme” dont on essaye actuellement de nous vanter les vertus, cela depuis que Nietzsche a proclamé que “Dieu est mort”? En réalité, je ne vois que la prolifération de quantités de sectes “païennes” plus ou moins farfelues qui se répandent un peu partout dans le monde. Et je ne parle même pas de ce “mal-entendu du nouveau paganisme” qu’a dénoncé Julius Evola, texte auquel vous faites d’ailleurs allusion dès la première page de votre livre.

Vous également, cher Alain de Benoist, ne semblez pas très explicite quant à ce “sacré” qui vit encore. Et je constate que vous, cet “olibrius aux trente mille livres”, comme vous appelle Robert Poulet, ne semblez pas connaître le livre cependant capital de Rudolf Otto (dans un autre de vos écrits j’ai cependant rencontré le nom de cet auteur…) “Le Sacré”, que l’on trouve actuellement dans 1e “Petite Collection Payot”. Il est essentiel pour qui veut approfondir le sens et la notion même du sacré, du “numineux, cet élément non-rationnel dans l’idée du divin. L’essence de cet élément non-rationnel se situe au-delà de toute religion révélée ou non, au-delà de toute religion qu’elle soit monothéiste ou polythéiste. C’est une affaire d’expérience intérieure qui relève de la mystique et de tous les mystères de l’extase et de la sainteté. ces mystères ne sont évidemment pas à la portée de quiconque, aussi relèvent-ils, de ce que l’on appelle communément la grâce.

Tout comme vous, cher Alain de Benoist, je ne crois pas posséder cette grâce en ce qui concerne la foi chrétienne, mais je crois que je la possède tout de même un tout petit peu, ce qui m’a permis d’admirer et d’étudier les mystiques chrétiens… et les autres, musulmans surtout, cela dans le sillage des œuvres de Henri Corbin. Par ailleurs cela m’a également permis d’admirer la sérénité christique de ce cher et grand poète ami que fut Patrice de la Tour du Pin. Il y a chez lui une certaine angélologie sensible, si pas sensuelle qui m’enchante et qui est fort proche de mon “paganisme”, fort ésotérique, il est vrai.

Tout ésotérisme d’ailleurs m’attire, qu’il soit “païen”, chrétien, musulman, chamanique, indien, chinois, japonais ou autre, et cela me conduit à vous parler en passant d’un certain ouvrage que vous semblez également ne pas connaître Il s’agit de ”La préhistoire du christianisme”, de Charles Autran (Ed. Payot, 2 vol., Paris 1941-1944). Dans cet ouvrage il n’y a pas de trace des antécédents bibliques ou judaïques du christianisme car, comme l’écrit l’auteur dans son “Introduction”, “la préhistoire chrétienne déborde de tous côtés les cadres de cette histoire sainte à l’intérieur de laquelle, pendant de longs siècles, elle est restée confinée” et dans laquelle vous semblez d’ailleurs toujours vouloir la confiner.

Pour autant qu’il y ait du “judaïsme” dans la religion chrétienne, ce “judaïsme”, comme le souligne Autran, doit beaucoup, si pas tout, au séjour des Israélites à Babylone. Et Autran d’écrire: “C’est en grande parties à l’Iran que l’Israélite a dû de devenir le Juif.” Autran souligne ainsi toute l’importance du monde et des croyances d’abord de la Babylonie et ensuite de l’Iran pour l’histoire du “judéo-christianisme”. C’est surtout dans le second tome de son ouvrage, qui porte comme sous-titre “Autour des Aryas”, que Charles Autran traite de la “grandeur religieuse” du monde iranien ainsi que de “Zoroastre et le christianisme”.

Puis-je également attirer l’attention sur un ouvrage de Cyrus H. Gordon: “The common background of greek and hebrew civilisation”, qui tend à démontrer le fond commun des cultures grecque et hébraïque? Par ailleurs, tout le monde sait que le christianisme, tel que nous le connaissons en sa théologie est en réalité d’un syncrétisme (Evola parle d’un hybridisme) passablement complexe et confus en lequel nous pouvons découvrir quantité de composantes qui ne sont pas que judaïques et à travers elles iraniennes. Nous pouvons également y receler des éléments platoniciens ou plutôt néo-platoniciens, orphée-pythagoriciens, épicuriens et que sais-je encore, sans oublier la philosophie d’Aristote qui se trouve à la base même du thomisme. Dans une note de son article “Eléments pour servir à l’étude de la ‘Nouvelle Droite’ en France et en Italie” (“Totalité”, n° 11), le médiéviste italien Franco Cardini, professeur à l’Université de Florence, écrit que tous ces éléments, que nous venons d’évoquer à sa suite, ont fourni à l’édifice chrétien ses matériaux de construction les plus précieux, en ajoutant que Denys l’Aréopagite n’y compte pas moins que Moise, cependant que toute la christologie serait éclairée par le principe de la royauté sacrée, alors qu’il y aurait également “fusion entre thèmes vétéro-testamentaires et thèmes mithriaques, stoïciens, païens en somme.

Dans la même note encore, Franco Cardini affirme que sans tout cela Nicolas de Cuso et Erasme de Rotterdam (je pourrais y ajouter Maître Eckehart qui, ne l’oublions pas, se trouve à l’origine d’une mystique chrétienne purement germanique et qui n’échappa d’ailleurs pas à une condamnation par Rome) n’auraient jamais existés. Mais poursuivons notre référence à Franco Cardini en rappelant avec lui que depuis des siècles la littérature, l’exégèse et l’art chrétiens auraient “sauvé la mythologie païenne en se servant d’elle, parallèlement à l’Ecriture, pour approfondir le thème du Christ Venu et du Christ à Venir, plaçant la Sibylle à côté de David, Virgile et Enée à côté de saint Paul, Orphée et Thésée à côté du mystère de la descente du Christ aux Enfers”. Et Franco Cardini de conclure, lui catholique convaincu: “Vraiment, si j’étais néopaïen, je ne trouverais pas de meilleure façon de l’être complètement qu’en me convertissant au catholicisme”. En réalité, il ne s’agit évidemment pas de cela! Non, vraiment pas !! On a la fibre chrétienne (ou catholique, si l’on veut), ou on ne l’a pas…

N’oublions tout de même pas que le christianisme a été apporté de l’extérieur à nos ancêtres “païens”, comme le christianisme a été apporté dans les temps .modernes aux peuples “idolâtres” d’Amérique, d’Asie et d’Afrique par des missionnaires souvent débonnaires, mais tout aussi souvent sanguinaires lorsqu’il s’agissait de conversions résolument forcées, comme ce fut le cas, en 782, à Verden ou bien encore dans le sillage des conquistadores espagnols. On ne nous parle que trop souvent des martyrs du christianisme, comme s’il n’y eut jamais de persécutions sanglantes au nom du Christ et de l’orthodoxie chrétienne. Qu’il suffise de songer à la terrible “croisade contre les Albigeois” qui ne fut qu’un génocide caractérisé…

“Judéo-chrétien” ou non, le christianisme, comme vous l’avez fort justement montré, est en son essence une religion étrangère à l’ethique profonde de l’Occident.

Elle s’y est superposée à une religion “païenne” qui ignorait le sentiment du péché, mais qui cultivait les vertus de l’honneur et de la dignité, et qui avait surtout le sens de la grandeur héroïque. Cette religion n’avait point besoin d’un dieu sauveur ou rédempteur, car elle ne connaissait pas un dieu de la colère et de la vengeance. Elle avait le sens du divin, du numineux, mais point nécessairement celui d’ un dieu anthropomorphe ou d’un polythéisme quelconque, à moins que ce polythéisme ne fût qu’un symbolisme mythologique dont se passe parfaitement l’homme profondément possédé par le sens du divin, et c’est fort à propos, cher Alain de Benoist, que vous citez à la page 271 de votre livre telle affirmation de Heidegger: “Ce n’est qu’à partir de la vérité de l’être que se laisse se penser l’essence du sacré. ce n’est qu’à partir de l’essence du sacré qu’est à penser l’essence de la divinité. Ce n’est que dans la lumière de l’essence de la divinité que peut être pensé et dit ce que doit nommer le mot Dieu” (Lettre sur l’humanisme, in Question III, Gallimard, 1966, p. 133). Mais pourquoi êprouvez-vous le besoin de faire suivre immédiatement cette citation si éclairante de Heidegger d’un propos aussi nihiliste que voici: “Dieu n’a pas été assassiné par surprise. Il s’est mis lui-même, délibérément, en position d’être tué”. Votre dieu qui “s’est mis lui-même, délibérément , en position d’être tué” m’a tout l’air de ne pas être Celui dont parle Heidegger, lui dont toute la philosophie est imprégnée du sens du divin, du numineux, alors que la vôtre, qui se dit volontiers “néo-nominaliste”, m’en semble étrangement dépourvue…

Oui, on a le sens du divin, ou on ne l’a pas. Mais il me semble finalement que je vous cherche une “mauvaise querelle”, car tout comme vous il me plaît de citer tel propos de Julius Evola qui explique et justifie bien des aspects du polythéisme et selon lequel “ce qui caractérise le monde pré-chrétien, tout au moins dans ses formes supérieures, n’a rien de commun avec une divinisation superstitieuse de la nature ; il s’agit plutôt d’une compréhension symbolique de celle-ci, au travers de laquelle tout phénomène et toute action extérieure apparaissent comme la manifestation sensible d’un monde d’au-delà du sensible” (p. 218 de votre livre, d’après un article “Le malentendu du ‘nouveau paganisme”).

Et je continue à vous suivre avec intérêt, voire avec mon total acquiescement, à cet endroit de votre livre où vous développez, dans le sillage d’Evola, toute une théologie “païenne” du monde (et non de la nature, pp. 218-219-220-221).

Mais revenons à l'”hybridisme” du christianisme dont parle Evola dans son livre capital “Révolte contre le monde moderne”, Ed. de l’Homme, Montréal, 1972, p. 199) et que vous citez à la page 192 de votre livre: “Même sous sa forme catholique atténuée et romanisée, la foi chrétienne fut un obstacle qui priva l’homme occidental de la possibilité d’intégrer son véritable et irréductible mode d’être grâce à une conception du sacré et des rapports avec le sacré conforme à sa véritable nature. A son tour, c’est précisément ce mode d’être qui empêcha le christianisme d’instaurer réellement en Occident une tradition du type opposé, c’est-à-dire sacerdotale et religieuse, conforme aux idéaux de l’Ecclesia des origines, au Pathos évangélique et au symbole du corps mystique du Christ”.

A plus d’un endroit, cher Alain de Benoist, vous citez encore Julius Evola, mais permettez-moi de vous signaler un article de celui-ci qui traite de “la vision romaine du sacré”, article qui parut en mai-juin 1934 dans le Diorama filosofico, la page culturelle du journal “Regime fascista”, et qui fut repris en 1974 dans le livre également intitulé “Diorama filosofico”. De cet article on peut trouver une traduction française dans le livre de “Mélanges” récemment paru aux Editions Arché, de Milan, sous le titre “Symboles et ‘mythes’ de la Tradition occidentale”. Cet article montre à quel point la notion purement “aryenne” du sacré était tout imprégnée de gravité chez les Romains de la République. Cette notion ne s’embarassait nullement de polythéisme ou de mythologie, mais permettait de vivre réellement le sacré à chaque heure du jour par l’entremise du “rite”. Il s’agissait plutôt d’une éthique que d’une religion et pour autant qu’il y ait religion, celle-ci ignorait complètement la “personnification du divin“, comme Evola le souligne fort justement.” Le Romain, ajoute-t-il, connaissait encore moins les Dieux comme des abstractions philosophiques, des concepts théologiques, des hypothèses spéculatives”. Et plus loin: “Le Romain ne concevait pas le divin comme ‘pensée’, ni comme images mythologiques, ni même comme supports personnifiés pour la ‘foi’. Le Romain concevait le divin comme action pure. Ce qui était vivant à Rome, c’était moins le sens du deus que celui du numen: et le numen, c’est la divinité qui n’est pas une personne mais une puissance, une énergie, une force originelle capable de se manifester ; c’est une entité, dont la figuration n’offre aucun intérêt (le Romain antique représentait les numina par un objet symbolique, lance, feu, bouclier, etc.) mais seulement son action positive. Il n’y a donc pas l’attitude typique du concept moderne de religion, à savoir le dualisme: l’homme-créature devant le Créateur ou le Sauveur. Servius, rappelle encore Evola, nous place au cœur de la vision romaine du sacré quand il dit, dans son commentaire à l’Enéide (III, 456), que les anciens Romains, les majores, mettaient toute leur religion non dans la foi mais dans l’expérience: ‘majores enim expugnando religionem, tatum in experientia collocabunt‘. A quoi il suffit, écrit encore Evola,d’ajouter le témoignage de Lactance (Init. div., IV, 3) disant que la religion romaine n’avait pas pour but de rechercher la ‘vérité’ mais seulement de connaître le rite: ‘nec habet inquisitionem aliquam veritas sed tantum modo ritum colendi“.

Evola conclut alors, avant de développer cette conception romaine du sacré, en disant: “Il s’agit, maintenant, de comprendre tout cela en profondeur”. Mais pour “comprendre tout cela en profondeur” il nous faudrait citer cet article en son entireté, chose à laquelle nous ne pouvons nous aventurer ici.

Qu’il me suffise de dire encore que la conception du divin, du numineux dans la Rome antique n’avait rien d’eschatologique. Elle se contentait de savoir, selon la formule d’Héraclite, que “le séjour des hommes est séjour des dieux” ou encore que “les hommes sont des dieux mortels et les dieux des hommes immortels”… Tout finit par se résumer ainsi en un sens de la grandeur, de la grandeur en toutes choses, même les plus infimes…

Pourquoi dès lors s’escrimer à vouloir combattre une religion qui entend ravaler l’homme à moins que rien à l’état de pauvre créature essentiellement pécheresse, qui n’a de cesse de battre sa coulpe et d’implorer miséricorde?

Laissons ce travail de sape de la religion “judéo-chrétienne” à ceux qui se sentent la vocation de fossoyeurs et qui ne sont, après tout, lorsqu’on y regarde de près, que de simples athées, des francs-maçons retors… ou naïfs, ou des agnostiques un peu trop positivistes, pour être plus nuancé…

Dans ce domaine il existe un article curieux d’un auteur juif roumain installé à New York qui signait du nom de Marcus Eli Ravage, mais qui devait s’appeler Revici. Cet article, paru en 1928 dans les n°s 3 et 4 de The Century Magazine, est une violente diatribe contre les Juifs, fauteurs de ce “judéo-christianisme” qui a corrompu tout l’Occident. L’article, dont je possède une traduction française inédite, s’intitule “Une accusation fondée contre les Juifs, l’un d’entre eux indique l’étendue de leur faute”. Le texte vaut la peine d’être lu, mais il n’est somme toute qu’un pamphlet assez pittoresque et singlant, il est vrai. Mais rien de plus…

Vouloir susciter un nouveau paganisme, par ailleurs, n’a guère de sens, me semble-t-il. Soyons toutefois “païens”, c’est-à-dire non-chrétiens, d’au-delà du christianisme, comme je le suis, mais abstenons-nous d’élaborer un néo-paganisme fût-il d’ordre métaphysique. Contentons-nous de nous situer tout simplement au-delà du christianisme ou de tout autre religion révélée ou non, au-delà des superstitions et du folklore religieux qu’ils soient d’Occident ou d’Orient.

Avant d’aller plus loin il me plaît de rappeler que dans feu le Troisième Reich, où un certain néo-paganisme était pour ainsi dire devenu religion d’Etat, le christianisme n’a jamais été officiellement condamné. Le Führer, lui-même dans ses appels à la Providence, n’a cessé de faire état d’un “christianisme positif”, et nous savons, comme le rappelle Savitri Devi, cette française cent pour cent indianisée et nationale-socialiste, qu’Hitler tout en insistant sur l’action dissolvante du christianisme sur le monde d’abord gréco-romain, et ensuite germanique, qu’il qualifiait de “pré-bolchevisme”, n’en considérait pas moins le christianisme comme le ciment d’un Empire germanique conquérant. De ce fait il fut grand admirateur de Charlemagne, le “Sachsenschlächter” de Verden, tout comme il sut reconnaître tout ce qu’il y a de “germanique” dans ces styles essentiellement “chrétiens” que sont les arts roman et gothique. Et d’ailleurs n’a-t-il pas affirmé quelque part: “C’était quelque chose que l’Eglise! Nous sommes aujourd’hui ses héritiers. Nous sommes nous aussi une Eglise” (voir e.a. à ce sujet le livre du théologien et historien autrichien Friedrich Heer: “Autopsie d’ Adolf Hitler”, Ed. Stock, Paris, 1968).

Eemans, M. (1980), Lettre ouverte à Alain de Benoist à propos de “comment peut-on être païen?”. Brussel: Centro Studi Evoliani Bruxelles.

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