Un aróme de Magritte

Il y ent un temps, c’était dans les années suixante, où j’avais l’honneur de participer à des expositions d’art belge a l’etranger organisées par les instances officielles de mon pays. Ce fut d’une part le cas au Gmeentemuseum d’Arnhem et d’autre part au Centraal Museum d’Utrecht, et cela dans le cadre l’Accord culturel belgo-néerlandais, mais surtout grâce à la bienveillante amitié de feu Monsieur Emile Langui, alors Directeur Général des Beaux-Arts au Ministère compétant de l’époque.

Depuis lors je fus comme frappé d’un certain ostracisme disons ostracisme d’ordre politique, de sorte qu’il n’y ent plus de participation a quelque exposition officielle que ce fût, et voici, oh surprise! Que j’ai eu l’honneur de participer, sans que j’en fusse averti, à l’exposition “L’avant-garde en Belgique, 1917-1929” qui se tient en ce moment (18 septembre-13 décembre 1992) au Musée d’Art Moderne de Bruxelles.

Ostracisme levé? Pas tout à fait, car au lendemain du vernissage une de mes oeuvres appartenant au Musée contemporain de Gand, celui de Jan Hoet, fut enlevée sous prétexte d’une restauration urgente, et cela jusqu’à la fin de l’exposition, les autres oeuvres, commes elles appartenaient à des collections particuliéres, eurent cependant le privilège de ne pas être également décrochées… pour restauration urgente!

Quel deus ex machina intervint dans la levée d’ostracisme et quel autre ordonna l’éloignement d’une de mes oeuvres de cette exposition? Je l’ignore.

Toujours est-il que la notice biographique qui accompagne mon nom n’est pas très tendre à mon égard et me reproche surtout d’oser parler de “balivernes” à propos de certaines oeuvres de Magritte… Je passerai sur certaines assertions gratuites comme “Le surréalisme est le moment du saut quantique entre le met et l’image”. Que signifient ici les mots “quantique” et surtout “saut”? Et puis aussi, pour conclure, “Marc. Eemans est un artiste du fantastique plutôt qu’un explorateur du paradoxe surréaliste”. Me voilà donc qualifié d’”artiste du fantastique” alors que mes exégètes parlent plutôt d’ïdéalisme magique”, mais surtout qui a jamais osé qualifier le surréalisme de “paradoxe”? Quel comble d’incompréhension et d’absurdité!

Mais revenons à mon délit de “lèse majesté” à l’égard de Magritte, et je lis: “La négation de la raison chez Eemans se manifesta explicitement quelques années plus tard (en 1944) lorsqu’il déclara que le Wallon René Magritte veut nous faire croire que dans ses peintures une pomme est un oeuf ou une clef un nuage et autres balivernes”, et mon biographe d’ajouter: “On peut s’étonner d’entendre quelqu’un -qui connaissait René Magritte personnellement depuis 1926/1927- déclarer que ce dernier parlant de l’image d’une chose, prétendait qu’il s’agissait de l’image d’autre chose. Au contraire, ce qu’affirmait l’oeuvre de Magritte ce n’était pas que ce quelque chose était ou n’était pas, mais ce qui paraît évident n’est pas pour autant exact”.

Merci, grand merci de m’avoir éclairé sur les intentions de Magritte quant à la signification de certaines de ses oeuvres genre “cette pipe n’est une pipe”, et dire que j’ai eu l’impudence de fabriquer un petit multiple avec une vraie pipe, disant “Cette pipe est bien une pipe (hommage à Magritte…”)!

Mais où peut-on découvrir qu’il y ait chez moi quelque “négation de la raison”? Ce n’est pas parce que je mets d’autres facultés au-dessus de la raison dans l’élaboration d’une oeuvre d’art que je nie celle-ci. Ce que j’ai toujours reproché à petits nuages propres à la bande dessinée, bref d’avoir trop rappeler à ce propos la définition qu’en donna Maurice Denis pour affirmer que la peinture n’est pas un jeu de l’esprit ou le lieu de spéculations plus ou moins philosophiques, sémantiques ou structuralistes avec la représentation des choses ou les mots qui les désignent?

Je sais que Magritte était un joueur d’échecs et qu’il aimait déplacer ses “pièces”sur son échiquier, en l’occurence peinture: bilboquets, grelots, chapeaux melon, etc. en des variations infinies selon une fantaisie (ou une logique) que j’appelerai “surréaliste” par commodité de langage, mais que je crois plutôt “dadaïste”.

Qu’on me permette toutefois une anecdote qui m’a été racontée par le peintre Désiré Haine. La scène se passait à une exposition de peintres surréalistes à La Louvière, où René Magritte et Désiré Haine furent témoins d’une petite discussion entre deux gamins devant une peinture de Magritte représentant (déjà!) une pipe, et au cours de laquelle un des deux gamins prétendait que la pipe représentée n’était pas une vraie pipe et qu’on ne pouvait done pas la fumer… Se non è vero!

D’autre part, à propos des recours par trop répété à des mots dans des peintures de Magritte, je citerai Victor Segalen (“Gustave Moreau, maître imagier de l’orphisme”) où il dit : “Ne croyons plus à la valeur des mots ou bien avec défiance : ‘Citadelle’ est terrible de menace et de sonorité. Mais, fait observer R. de Gourmont, ‘mortadelle’ est bien plus terrible encore, et c’est un aliment charcutier”.

A part ça, j’avoue que je signerais volontiers de mon nom au moins une cinquantaine d’oeuvres de Magritte – les plus poétiques – et que d’ailleurs une de mes oeuvres exposées au Musée d’art moderne de Bruxelles avait, pour un critique d’art flamand, “un arôme de Magritte”… Ah, mes oeuvres de jeunesse, et l’osmose des premiers balbutiements du surréalisme en Belgique! Sont-ce là les mystères de la “Société du Mystère”?

Marc. Eemans

Overgenomen uit de in eigen beheer verspreide brochure ‘Marc. Eemans et le surrealisme, plus particulièrement celui de René Magritte’, daterend van 1992.

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