Lettre a Irène sur l’automatisme

Fotoportret van de surrealistische Belgische schrijfster Irène Hamoir.

Amie,

il suffit de vouloir provoquer l’existence latente de l’homme pour pénétrer dans l’intimité de ce noyau primordial qui organise l’architectonique complexité de la vie psychique; alors on brise la gangue d’illusion intellectualiste; alors on voit fuir l’intelligence abstraite vers les normes superficielles du langage, qui s’empare de l’homme et qui le lue lentement.

On n’ignore cependant plus que ce langage n’est qu’une simple convention pour manifester sensoriellement le mécanisme psychique. tout comme les lettres ne sont que les signes conventionnels pour annoter le langage.

Si le bon sens commun identifie l’écriture, il s’obstine cependant dans l’erreur évidente du concept « langage – pensée ». Etablir d’une façon tangible cette usurpation de la parole, est donc la première démarche de celui qui veut atteindre l’essentiel dans l’homme, et rien que cela.

Il me paraît facile de toucher cette abstraction du doigt et de préciser la valeur réelle du mot.

Les circonstances de notre culture occidentale conduisent toutes les manifestations de notre esprit créateur vers une codification métaphysique. Ainsi, le mot, de symbole concret, est lentement devenu à l’abstraction du concept ; et la langue française qui es t la langue la plus étrangère il l’homme, parce que la plus évoluée et la plus abstraite, ne contient plus que très peu de mots concrets; tandis que les langues germaniques, pour ne parler que de celles-là, possèdent encore à un très haut degré la valeur première et plastique du mot ; dans les langues  primitives le mot n’est qu’un symbole d’image visuelle, un symbole qui, lentement, se métamorphose en une idée et en un concept terne et mort.

Or, pour arriver à une idée, notre intelligence s’oblige à un complexe travail d’élaboration qui nie a priori toute spontanéité de compréhension psychique, car l’audition d’un mot, même s’il n’est qu’un symbole simple, déci anche tout un mécanisme de réflexes avant d’arriver à la représentation pure ou psychique. On peut donc facilement se rendre compte de la portée d’une suite de mots amenés par automatisme sensoriel : ils ne peuvent agir directement, puisque, selon Freud, ils doivent se filtrer au préalable, à l’aide de perceptions conscientes et acoustiques, à travers le préconscient pour etteindre l’inconscient psychique.

Cette brève introduction nous conduira donc à contester à l’automatisme glossolalique sa valeur de mécanisme psychique; et pour nous, de ce fait, la tendance à la glossolalie n’est qu’une activité physiologique d’ordre acoustique, qui n’agira sur l’individu que comme un stupéfiant dont nous ne nierons cependant pas les influences physiologiques sur les complexes psychiques.

Selon les plus récentes méthodes de psychologie (Freud et Pavlov), nous mettons même à la base de toute activité psychique des réflexes physiologiques qui se trouvent dans le cours organique des tissus vitaux et non dans les artifices de l’art ou des stupéfiants.

Psychologiquement la prosodie est donc une déviation de sens, et sa conséquence dernière, le lyrisme pur, aux onomatopées nombreuses, au lieu de provoquer l’activité psychique, la distrait de son cours réel et la rend même impossible, les recherches de rimes et d’assonances créant a posteriori le poème.

Ce qui est vrai pour la prosodie, l’est également pour les codifications des autres arts. Tout l’art est donc construit sur des sables mouvants qui l’anéantissent Lentement et l’on peut dire, à juste titre, que l’art n’entre pas dons le cours psychique de la pensée, tout comme il n’entre pas dans son cours dialectique.

Ces conceptions ont complètement bouleversé l’organisation de ces abstractions métaphysiques et l’on est même parvenu à les éliminer complètement.

L’art ne contenait, à l’état d’inspiration, qu’un très faible pourcentage d’automatisme psychique et un très grande proportion d’organisation consciente et sensorielle : prosodie, pour l’écriture ; harmonie, pour la musique ; construction, pour la peinture.

Son équivalent dialectique et psychologique tend vers l’abandon total de toute organisation et c’est à cette tendance que nous devons la crise profonde que traverse l’art sensoriel, par excellence, qu’est la musique. Les autres modes d’expression, étant plus près de la vie psychique de la pensée, y échappêrent plus facilement et dès maintenant nous pouvons parler d’écriture et de peinture, sans devoir songer à de l’art. Actuellement l’écriture et la peinture ne sont plus qu’une traduction de l’automatisme psychique dont le développement architectonique se réalise à l’intérieur avant de s’extérioriser.

Nous savons maintenant que les idées ne peuvent trouver place dans ce travail, mais nous savons aussi que la vie psychique subit également les réflexes des idées extérieures. Ainsi, des paroles, prononcées en certaines circonstances, s’impriment avec violence dans l’inconscient d’un individu et créent autour de lui et en lui une atmosphère spéciale qui l’oppressera, qu’il refoulera ou extériorisera; mais alors, cette parole-pensée ne se manifestera pas en lui sous forme d’idée, mais bien sous forme d’image. En effet, l’âme humaine ne pense que par images, et pour s’en rendre compte, il suffit de se représenter la psychologie du rêve.

Toutes les expériences cliniques s’accordent pour dire que l’idée ne pénètre dans la trame onirique que sous forme d’image qui se mélange aux autres images selon un processus qui se nomme la dramatisation.

On observera également que, si dans l’activité onirique, des images auditives, olfactives ou gustatives se présentent, elles sont néanmoins rares et loin d’atteindre la fréquence des images visuelles. Mourly Vold a même constaté que des excitations sensorielles surtout tactiles, peuvent donner naissance à des images visuelles.

Freud, constatant cette transformation des idées en images, y rattache la difficulté que présente le récit d’un rêve. Hervey de Saint-Denis évita cet inconvénient, insurmontable dans certains cas, en traduisant certains rêves à l’aide de représentations graphiques.

Il Y a également des rêves où la dramatisation ne se fait pas; mais alors il s’agit généralement, dans la trame onirique, de réflexes de la pensée logique, de la raison pratique et qui ne se présentent jamais seuls, mais accompagnés d’images visuelles qu’ils complètent, donnant ainsi si une représentation , prolongée durant le sommeil, d’une activité de veille.

Il va sans dire que cette activité onirique ne peut être considérée comme une activité psychique pure, mais comme une association de pensées qui troublent quotidiennement, et sans répit, l’intelligence humaine.

La compréhension claire de l’activité psychique nous conduira donc à dire que, là aussi, il y a continuité et que tout phénomène se trouve dans le déroulement intime, dans les réflexes de tout autre nature.

J’isolerai cependant le phénomène psychique pur que je caractériserai par la vision: non vision simple et isolée, mais vision complexe et se manifestant dialectiquement par ses rapports physiologiques, tant avec la cénesthésie, qu’avec les phénomènes naturels; vision latente et trouble comme un brouillard qui n’attend que la venue d’un détecteur pour se matérialiser et pour prendre corps sous une forme quelconque de l’activité réelle.

Outre la dramatisation, je pourrais également signaler les procédés architectoniques de la condensation, du déplacement, du symbolisme et de bien d’autres encore, mais leur examen nous entrainerait bien loin; il me suffira donc d’indiquer, sans approfondir leurs modalités, que ces divers procédés donnent au rêve un certain côté hallucinatoire et incohérent pour la raison, cette raison qui est incapable de suivre la moindre accélération de la pensée.

Ce qui est manifeste pour l’activité onirique de la pensée, ne l’est plus à son état de veille où l’automatisme psychique est refoulé par le flux envahissant de la raison pratique.

L’homme n’a plus le temps de s’occuper de sa pensée et la meilleure partie de lui-même végète dans l’obscurité, tandis que l’autre se perd dans le gouffre des occupations quotidiennes. L’activité psychique n’est cependant que refoulée et il suffit de se concentrer un peu pour la faire jaillir; il suffit d’un peu d’entrainement et d’une aptitude organique spéciale pour capter et même provoquer, pour fixer le déroulement de la pensée.

Bien souvent la vie psychique s’est déjà élaborée et automatiquement elle s’est traduite sous forme de mots qui permettent de fixer des visions translucides que la plastique serait incapable d’extérioriser ; je songe surtout aux modalités imperceptibles des choses, aux subtilités immatérielles que leur confère cette sensibilité spéciale à l’âme humaine et que même les mots ne peuvent que suggérer et non situer. Partout ailleurs, cependant, la vision sera suffisamment nette pour permettre une transposition plastique de la vision. Il y a aussi le temps dans lequel se situe la pensée, où elle s’organise et par conséquent se détourne de l’unique spatialité de la plastique. L’écriture s’imposera donc également pour cette modalité et je m’abstiendrai de citer toutes les autres formations catégoriques de l’activité psychique.

Scrupuleusement et sans préjugé on suit la dictée et on l’annote en se gardant bien d’enchainer cette forme fluide dans une quelconque codification. Cette neutralité, cet entier don de soi révélera le développement positif de tout ce que la pensée sécrétait négativement jusqu’ici.

Cette réceptivité totale n’empêchera cependant pas l’activité consciente de donner tous ses soins à une traduction impeccable, tant techniquement, que dialectiquement, car la moindre négligence dans la présentation est l’indice d’une négligence générale, indigne du rôle de confidente qui est assigné à la conscience active et logique.

(mei 1927; onuitgegeven).

P. Tommissen, Marc. Eemans, Woord vooraf door J. Verbrugghen, Brussel 1972.

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